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www.jacqueline.salenson.fr

QUESTIONS DE VIE ET DE MORT, DROIT AU SUICIDE ACCOMPAGNE LOIS DU SYSTEME DE SANTÉ QUANT A LA FIN DE LA VIE/ pour que les lois permettent enfin aux médecins de RESPECTER les volontés de tous les citoyens quant à leur vie, leur santé, leur mort, exprimées dans leurs DIRECTIVES ANTICIPEES avec leur PERSONNE DE CONFIANCE nommée par écrit, Y COMPRIS en cas de DEMANDE D'INTERRUPTION DE VIE VOLONTAIRE, en fin de vie, avec "le choix" et "Ultime Liberté"

La parole est au docteur Denis Labayle (collectif mort sereine) : suite à la parution de son livre "le médecin la liberté la mort"

Le collectif « Pour une mort sereine », février 2022 :

Denis Labayle est médecin et écrivain. Il a été pendant vingt-cinq ans chef de service dans un hôpital de la région parisienne. Il est l’auteur d’une vingtaine de romans et d’essais dont certains font référence comme « Tempête sur l’hôpital » et « Pitié pour les hommes ».  Défenseur de la liberté de choisir sa fin de vie, il fut en 2007 à l’origine du Manifeste des 2 000 soignants ayant affirmé avoir aidé des malades incurables à mourir. Il est coprésident de l’association Le Choix-Citoyens pour une mort choisie.

Cette Lettre d’information vous parvient peu après la sortie, le 10 février, de son nouveau livre,

« Le médecin, la liberté et la mort – Pour le droit de choisir sa fin de vie » (Éditions Plon).

Le même jour est parue une interview de lui dans l’Obs.

 Pour faire préciser aux médecins interrogés ce qui, selon leur point de vue, serait une bonne loi sur l’aide médicale à mourir, nous avions préparé un questionnaire qui a été transmis tel quel au Dr Denis Labayle, voici ses réponses à nos questions.

Interview et présentation par Jacqueline Laurent (assoc le choix, citoyens pour la mort choisie)

 Question 1 : Quelle approche privilégiez- vous : euthanasie, suicide assisté ou aide active à mourir AAM ?

Personnellement, en tant que médecin, je ne privilégie aucune attitude. C’est au malade de choisir ce qui est le plus confortable pour lui : Aide médicale à mourir ou Suicide assisté. D’où l’importance d’avoir les deux possibilités dans la loi. Toutefois la question, si je peux me permettre, est mal posée : L’aide Active à mourir (AAM) englobe l’Aide médicale à mourir (euthanasie) qui fait intervenir directement un médecin, et le suicide assisté qui n’a besoin de médecin que pour la consultation destinée à vérifier que les conditions du suicide assisté sont remplies et pour la prescription du produit létal, le geste étant réalisé par le malade lui-même.

 Question 2 : Quels seraient, selon vous, les principaux critères d’accès au droit à une mort volontaire médicalisée ?

Je pense qu’il est inacceptable de réclamer des « douleurs incontrôlables » et que la maladie soit arrivée à un stade « avancé » pour permettre au malade de profiter de la sédation terminale ou de l’AAM.  L’AAM doit concerner les patients atteints d’une maladie incurable, pas forcément mortelle à court terme (cela concerne donc également les maladies neurodégénératives), mais qui engendre des souffrances physiques et/ou psychologiques que le malade juge pour lui intolérables ou incompatibles avec une qualité de vie.

Elle peut aussi concerner les personnes en fin de vie présentant des pathologies non mortelles mais multiples remettant en question le désir de vivre.

En ce qui concerne la décision collégiale, j’insisterai sur plusieurs points :

  • il faut que le malade écrive à la main ses directives anticipées (dans la mesure du possible), et si besoin les renouvelle par écrit. C’est prioritaire.
  • la personne de confiance a un rôle à jouer dans la décision, pas seulement comme consultante.
  • l’avis du médecin traitant ou choisi par le malade est également essentiel.
  • un médecin extérieur vérifie que les conditions exigées par la loi sont remplies.

Certainement pas trois médecins ! comme dans le projet Falorni ou Touraine, ce qui va réduire considérablement la portée de la prochaine loi.

 Question 3 : Quelle est votre définition du mot « soin » ? L’euthanasie peut-elle être considérée comme un soin ?

Les soins débutent à la naissance et se terminent à la mort. Le rôle du médecin est d’être présent du début jusqu’à la fin, même si le traitement n’est plus curatif. C’est une conception essentielle de mon éthique. Il n’est pas éthique pour moi de diriger automatiquement les malades en fin de vie vers des centres dit spécialisés. C’est au médecin qui a suivi le malade de l’accompagner jusqu’au bout et de répondre à son choix. Encore faut-il que la société lui donne les moyens d’exercer sa fonction. En particulier de disposer d’assez de temps (d’où l’importance d’augmenter le nombre des médecins) et d’un nombre de lits de médecine suffisant, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

 Question 4 : Comment voyez-vous le rôle du médecin, sa responsabilité et ses limites dans une décision d’aide médicalisée à mourir : colloque singulier entre le patient et le médecin, « décision collégiale » etc ?

Je crois y avoir répondu en parlant de la décision collégiale.

 Question 5 : La clause de conscience est individuelle : que penser de l’idée d’associations agréées pour mettre en œuvre l’aide médicale à mourir ? Comment éviter que la loi limite le droit du patient et du médecin ?

Tout d’abord il faut changer l’enseignement des jeunes médecins concernant l’idée que « la vie coûte que coûte » est un absolu. Ce n’est pas un absolu, la lutte contre la souffrance peut devenir prioritaire.

Il faut changer le cadre juridique qui traite d’empoisonneurs, de meurtriers ceux qui répondent à la demande des malades qui réclament une AAM. La responsabilité de la société est énorme. Ce sont les citoyens qui élisent leur député, ces mêmes députés dont on a vu la frilosité au cours de l’histoire. Il faut amener la société à laisser les citoyens choisir pour eux entre deux philosophies : la vie coûte que coûte comme le défendent les instances religieuses (toutes religions confondues), ou la lutte prioritaire contre la souffrance quand il n’y a plus d’espoir de guérison comme le souhaitent nombre de laïques (et même de croyants). L’attitude des médecins n’est que le reflet de l’ambiguïté de la société.

Il faut remettre en question la loi de 1954 sur la non-assistance à personne en danger qui sert d’alibi pour défendre la vie en toute circonstance.

Quant à la clause de conscience, elle est incontournable.

Mais si les médecins restent opposés à l’application de la loi, je ne vois pas ce qui empêcherait les citoyens de prendre la relève dans un cadre précis, bien sûr. C’est ce qui s’est passé en Suisse.

Je me méfie des « associations agréées », du genre « association pour les Soins palliatifs » ou « associations d’accompagnement des malades » dont on connaît l’opposition viscérale de certaines à l’Aide active à mourir. Si le médecin traitant n’est pas capable d’assumer ses responsabilités, il est de son devoir d’adresser le malade à un collègue qui accepte de répondre aux souhaits du malade. D’où l’importance de ne pas multiplier les intervenants.

 En exprimant son accord pour répondre au questionnaire, le Dr Labayle a, d’emblée, ajouté qu’il y avait d’autres questions à aborder concernant d’une part, les soins palliatifs tels qu’ils sont conçus aujourd’hui en France et, d’autre part, les indications et la méthodologie de la Sédation profonde et continue. Nous lui avons demandé de compléter.

Les soins palliatifs : Je suis très attaché à un changement, non seulement de la loi, mais également de la philosophie actuelle sur la fin de vie. Je suis pour des soins palliatifs véritablement laïques qui laissent la liberté aux gens de choisir le moment où ils souhaitent y mettre un terme. Je suis contre « l’acharnement palliatif » d’inspiration religieuse qui a fini par remplacer l’acharnement thérapeutique.

La sédation profonde et continue : Je suis pour un changement complet de la loi sur la sédation profonde et continue, tant dans ses indications que dans sa méthodologie. Les indications sont terriblement restrictives (Voir le texte de la HAS – Haute Autorité de la Santé, dicté par la SFAP – Société Française d'Accompagnement et de soins Palliatifs ) :

https://www.has-sante.fr/jcms/c_2832000/fr/comment-mettre-en-oeuvre-une-sedation-profonde-et-continue-maintenue-jusqu-au-deces

qui la restreint aux dernières heures de survie...

Quant à la méthodologie, elle est anti-éthique lorsqu’elle exige la déshydratation du corps et une sédation calculée, théorique qui ne tient pas compte des désirs des patients.

Vous avez des questions ? des commentaires ?

Si vous voulez réagir à ces libres propos, écrivez à

 contact@pourunemortsereine.org

 Nous pourrons faire suivre à leur auteur

Rappel :Les opinions des médecins interrogés n’engagent qu’eux-mêmes et ne reflètent pas forcément le point de vue du collectif «Pour une mort sereine». 

 

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